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"Lettre
à une étoile"
Couverture du
CD du disque de Noël enregistré par Christian Robert.
Organiste titulaire de la Cathédrale de Bordeaux.
Un échange
merveilleux. Cette fois la poésie se révèle
en musique, puisque les mots se perdent dans les étoiles
!
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Mots
Paroles, discours,
bavardages, écriteaux,
Bouteille à la mer avide ou à plein,
A consommer sans modération,
Le temps d’un appel d’une entrevue,
Je tente une mise en liberté sans conditionnel !
Je rêve
d’une corne de brume,
D’un réservoir géant de mots,
A entasser avec toi incognito,
A l’ombre des prêcheurs d’embrouilles,
Qui pêchent la truite à la nouille !
Tristes
vies de mauvaise foi,
Harponnées du haut d’une chaire,
Par l’écharpe de soie sur l’aube blanche.
Les mots d’amour des Dieux sur terre,
Me tuent chaque lettre, sans papier soie.
Lorsque
la brume couvrira les plaines,
Saturées de mots étriqués, étouffants,
Du haut de la colline au-dessus des nuages,
La corne de brume lourde à nos pieds,
Je demanderai ta main et ta plume.
Il faudra
nous allonger en silence,
L’un contre l’autre dans un même souffle,
Pour atteindre l’embouchure des vers,
Sans rompre de nos gestes la magie des mots,
Faire voler en éclat la poésie dans le ciel.
Inconditionnelle
!
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Prière
Prières... Amères
Prière de laisser ces lieux en l’état.
Prière d’essuyer vos pieds.
Prière de ne pas marcher sur les pelouses.
Prière de ne pas cueillir les fleurs.
Prière de ne pas marcher sur les tombes.
Prière de ne pas déranger.
Prière d’éteindre la lumière.
Prières...
Intermédiaires
Prière de prendre un ticket.
Prière de tenir les chiens en laisse.
Prière d’utiliser les caniveaux.
Prière d’emprunter le couloir de gauche.
Prière d’éteindre vos téléphones.
Prière de parler dans l’hygiaphone.
Prière de ne pas stationner plus de dix minutes.
Prières...
de laisser faire
Prière de ralentir... pensez à nos enfants.
Prière d’allumer un cierge dans la nuit.
Prière de venir s’asseoir sur ma tombe.
Prière de chuchoter à mon oreille.
Prière de laisser jouer « la petite musique de nuit ».
Prière de s’étendre sur la question.
Prière d’être soi.
Prière de ne pas me laisser seule.
Prière d’entrer et de laisser la porte ouverte.
Prière de revenir avec des amis,
...et des fleurs.
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L’allumeur
de réverbère
J’ai
vu l’allumeur de réverbère.
Que dis-tu ?
Oui, je l’ai vu, mais il a bien changé.
Il vit enfermé dans une armoire grise et taggée,
Adossé contre un vieux mur de ciment égratigné.
Et son cœur bat, sans contact avec la lune, comme une pendule.
Lorsque
le noir s’installe et s’allonge fatigué,
Sur les bancs publics et la ville désertée,
Son muscle cardiaque est agacé de percevoir les chuchotements.
Le long des quais marchant vers le sommeil.
L’allumeur de réverbère s’emballe et il
impulse,
Un courant de lumière dans les veines traversières.
J’ai
vu la magie des étoiles dans la rue.
Que dis-tu ?
Oui, je les ai vues mais un peu pâles, c’est vrai.
Couleur de néon, rayons blancs mélancoliques.
Recouvertes de gamelles grises comme si…
Elles avaient besoin d’un toit ou de modestie.
Lorsque
la nuit s'est étirée, profitant de son envol,
J’ai longé les bords de Seine sur les traces des chats
noirs,
Et grimpé incognito le long des piquets inclinés.
J’ai décroché les gamelles grises et en riant,
Envoyé les soucoupes voler avec les cormorans.
Offrant aux étoiles l’immensité du ciel de Paris.
J’ai
vu la nuit s’ouvrir à la naissance.
Que dis-tu ?
Les étoiles se sont éprises de liberté, d’un
horizon si haut,
Et sans contrat avec la terre, elles se sont éclatées.
Des milliers de fleurs et de poussières d’or parcourent
notre nuit.
Et les aigris cherchent dans la ville l’allumeur de réverbère.
Mais
cette fois je ne me suis pas ventée.
Qu’as tu fais ?
J’ai forcé la porte de l’armoire grise où
un cœur se désolait.
-Va voir le ciel, lui ai-je soufflé, longe les berges et les
terrasses.
Reprend ta flamme, embrase les cœurs, la nuit est belle,
Tes étoiles filent sur les toits et les roses tournent autour
de toi.
Tu
n’es vraiment pas sérieuse !
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Le
chemin et la clé
La
marche saccadée des piétons chargés,
Me semble folle, lourde, pesante, inutile.
J’approuve notre quiétude cernée de regards inconnus.
L’amplitude de cet espace de liberté conquis,
Au travers de la foule dans une autre dimension.
Les
pierres et les ascenseurs n’élèvent plus les pyramides,
D’un divin empire où ton aura rayonne avec mon soleil.
Le ciment moite de nos corps à l’unique contour,
Menace les états aux frontières de béton.
L’amour diffuse de tes lèvres à mes lèvres
le goût de la vie.
Si
les rois construisent des temples éternels pour les limbes,
Que mon ventre soit ton refuge pour t’épandre à
l’infini.
S’il existe un passage qui se referme de la terre à l’Adès,
Je veux être l’espace, le chemin et la clé,
Pour m’ouvrir en regardant tes yeux, sur cette plage secrète. |
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Le
visage de Cocteau
Ce
soir la lune se dessine,
Comme un profil de Jean Cocteau,
Le visage enfumé d’opium.
Mais quel délice de marcher,
Sous sa lumière tamisée.
Avec mon étoile plantée dans l’œil,
J’ai le regard en dedans.
Je ne m’accroche pas à la foule béante.
Je pose ton livre sous mes yeux
Comme une paire de lunettes…
Elle filtrerait la vie, éblouirait les cœurs,
Pour rire, s’enflammer et pleurer.
Forcément, tu te souviens,
De tes mots couchés comme un dessin,
Eveillant les pupilles endormies :
« La foule est féminine,
Elle aime obéir ou mordre. »
Cocteau.
Mais que font les muses,
Avec ton âme de poète,
Qui croquerait les femmes,
Si elles savaient te lire.
Tu as mille fois raison.
Et le voyage intérieur,
Mène à la dérision.
Il faut changer le cours
De ces vies enfumées,
Enrouler cette échelle,
Des valeurs et de la bêtise.
Crois-tu que l’opium démonte,
Les barreaux fins, souples et blancs?
Non, bien sûr.
C’est le poète qui l’assume.
Il faut le croire et t’écouter.
Tu te fiches de la gloire,
Mais tu veux qu’on t’aime.
Et si le monde s’ouvrait,
Par ton regard troublé ?
Jean.
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Pluie
Pluie,
Cinglante, oblique, cyclique,
Dévalant les pentes obstruées,
Des volcans en irruption.
S’engouffrant dans les orifices
Béants, ventre à terre.
Pluie,
Gouttes alléchées par ma peau,
Traversant mon manteau de laine
Perméable aux torrents du ciel,
A la colère du temps.
Sur les pavés, j’allonge la foulée.
Pluie,
Je cours, la voie est sans issue,
Bondis par-dessus les roches,
Pieds nus, j’envole mon corps.
Je m’accroche aux remparts,
Grimpe jusqu’au sommet de la tour.
Pluie,
J’enlève mon manteau alourdi,
Piégé par ces tonnes d’eau,
Relève ma robe de soie bleue.
Encore quelques mètres, j’accélère,
La vitesse m’enivre, m’essouffle.
Pluie,
Mon cœur bombarde ma poitrine.
Dans les rues, je me faufile, aveugle,
Mes cheveux coulent sur mon visage.
Le tissu bleu moule ma silhouette,
Grelottante, puis figée devant ta porte.
Sèche-moi
s’il te plait.
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Ruelle
Rue
Elle
Seule ombre
Pas de chance
Pas de danse
Quelqu’un regarde
La peur l’autre
Indiscret voyageur
Devenir invisible
Attendre la nuit.
Rue
Elle
Présence angoisse
Chemin de béton
Roses inodores
Plume sans encre
D’oiseau mort
Réveille l’enchanteur
Avancer plus loin
Approcher frôler.
Rue
Elle
Ombre Il
Envelopper c’est toi
Impossible toucher
Part de l’être
Avance en Elle
Longe et plonge
Ame et corps
Saisir l’amour
Rue
Elle
Court emporte
Ombre Antre
Dissimuler joie
Contenir l’onde
Disparaître aux regards
Libérer les fantômes
Jours obscurs
Volent sur la nuit
Rue
Elle Noir Toi |
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Croire
… Oublier
Croire
Que tu déposes en fermant les yeux,
De tes cils souples et caressants,
Sur les ailes irisées des papillons,
La poudre qui les porte dans l’azur.
Oublier
Que les hommes à coup de savate,
Dégagent l’histoire des éphémères,
Marquant au fer les places rouges,
Chargent leurs goupilles à la poudre d’ange.
Croire
Que frôler l’allée des lys blancs,
De ton épaule ou je m’endors,
Dépose le pollen sur la peau,
Et jusqu’aux lèvres d’une fée.
Oublier
L’exode à grands pas des silencieux,
Aux mains sans grâce d’avoir servi,
La terre lourde de leurs ancêtres,
Peuple de paix à l’âme volée.
Croire
Que serrer la vie l’empêche de partir,
Et fondre dans l’amour emporte la tristesse,
Laisser filer l’eau d’une source,
Entre tes mains, sur elle, lave ses plaies.
Oublier
L’enfance torride d’un va-nu-pieds,
Les mots tonnent comme on lui crie,
Les lettres bavent comme une bouillie,
Sur son chemin désenchanté sans manuscrit.
Avec
toi croire sans oublier.
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Les
anges n'ont pas...
Les anges
n’ont pas le sourire
Mielleux, la parole hypocrite,
Des gouverneurs d’Etats fantoches,
Vagabonds d’un pouvoir échoué,
Sur une idée ou sur la zone.
Les
anges n’ont pas la main
Lourde, sur les enfants tristes,
Frappant à coup de règles carrées,
Le levé de rideau d’un théâtre,
Sordide, le visage grimaçant.
Les
anges n’ont pas les ongles
Incarnés, dans ta chair fragile,
A tirer un trait griffé de sang,
Sur ta vie limpide et tes ailes,
Blanches, élancées dans l’azur.
Les
anges n’ont pas le cœur
Acide à ronger ton bonheur,
A déchirer le drap de velours noir,
Sous lequel, apaisé tu t’allonges,
Pour rêver d’une terre en paix.
Les
anges n’ont pas leur place,
Dans un monde où aucun homme,
Ne sait lever la main et envoyer
Les tortionnaires dans le premier train,
Jusqu’au terminus de l’enfer.
Les
anges n’ont pas de haine,
Ni de colère, ils ont la peine,
Et la misère à porter sous leur voile.
Mais ils volent, magie de leur poussière,
Sable d’amour égrainé, jour après nuit.
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Voyage
Approche,
caresse de ton regard l'onde inconnue,
De mon ciel toilé, étoile au vent.
C e voile drapé en lambeaux autour de moi,
S'envolera de tes mains en naviguant,
Sur ma peau par chemin soufflera le vent,
Et tu m’entraîneras, sans corde.
Notre navire dépasse l’embouchure,
Du fleuve torrent où il apprit,
De la houle à vivre les meurtrissures.
Puis l’onde d’ivresse au creux des vagues,
Pénètre sa coque au plus profond,
Et la nuit berce de plénitude son voyage.
Sa
voilure fatiguée, refuse les escales,
Aucun port aucune île n'arrête sa longue course.
Tu lui offres une nuit bleue, et moi sa voile blanche.
Comme deux étoiles au vent, libres et heureuses,
Un
souffle céleste nous entraîne et
répand sur la mer,
De milliers de mots d’amour en son sillage.
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Aile
contre Elle déployée
Ils arrivaient de loin
Sans doute d’un autre temps,
Pour marcher dans la même onde, ensemble,
Comme on glisse sur une terre aride.
Pour
marcher comme on vole
Au-dessus des flots de larmes,
Entre les hurlements des armes
Aile contre aile déployées, déposées.
Une
seule forme sur l’horizon,
Bleu contre noir à porter le ciel,
A bout de bras pour libérer l’espace,
Aux enfants qui marchent le nez en l’air.
Derrière
eux, devant et autour,
Des traces de pas énervés,
Enfoncés dans le sol humide,
Des marques de rangers claqués.
Comme
le présent en sursis,
L’avenir est cerné, de cernes noires,
Comme autour de mes yeux fatigués,
D’une vie à porter ce lourd manteau de ciel.
Si
je trébuchais dans leurs pieds,
Mes mots s’éclateraient dans la boue du fossé,
Et les enfants le nez en l’air,
Ne verraient rien de mes lettres pour eux.
Alors
je marche comme on vole,
Et je tiens le ciel encore pour eux,
Je suis cette esquisse bleue à l’horizon,
Qui se mêle au noir pour qu’ Il vive.
Ailes
contre ailes déployées…
Pourrais-tu « elle » contre toi déployer ?
Avant que ces mots ne s’incrustent,
Dans une terre aride sous les rangers claqués. |